Pour la direction de l’aéroport de Genève-Cointrin, le sommeil des populations riveraines passe après les intérêts des compagnies aériennes.
Les faits : vendredi 2 mars, 23 h 36 décollage, 23h 41 décollage, 23 h 48 décollage, 23 h 55 décollage, 0 h 03 décollage, 0 h 16 décollage. A 0 h 17, une personne excédée par ces vacarmes téléphone à l’aéroport pour se plaindre et demande si les avions vont décoller toute la nuit. Réponse du planton de service: des décollages sont prévus jusqu’à 0 h 30.
La plaignante n’est évidemment pas satisfaite. Mais, à 0 h 34 nouveau décollage, à 0 h 43 un autre décollage suivi d’un atterrissage et, à 0 h 48, un atterrissage.
Par principe, et pour concrétiser officiellement les graves nuisances sonores qu’elle subit en pleine nuit, cette personne habitant en France a déposé une plainte auprès de l’Office fédéral de l’aviation civile à Berne et une plainte auprès du Procureur de la République à Bourg-en-Bresse.
Cependant, avec le règlement d’exploitation de l’aéroport de Genève, il n’y a pas d’illusion à se faire. En effet, depuis le 30 avril 2000, ce règlement est encore plus laxiste, car il n’y a plus de différence entre les vols de ligne et les vols hors des lignes (charters, taxis). Auparavant, pour ces derniers, les décollages entre 22 h et 23 h et les atterrissages entre 22 h et 24 n’étaient autorisés que pour les entreprises suisses de transport aérien au bénéfice d’un contingent de vols de nuit. Les vols hors des lignes (charters, taxis) ne pouvaient pas atterrir avant 06 h du matin. Désormais, plus du tout de contingent, tous les vols commerciaux peuvent décoller ou atterrir jusqu’à minuit. Tous les vols commerciaux peuvent atterrir dès 05 h du matin.
Que se passe-t-il après minuit ? Les avions qui ont un retard sur l’horaire sont autorisés à décoller ou à atterrir jusqu’à 0 h 30. Après 0 h 30, l’exploitant de l’aérodrome peut accorder des dérogations en cas d’événements exceptionnels imprévus. Il se borne à signaler ces dérogations à l’Office fédéral de l’aviation civile. Cette dernière disposition s’applique aussi pour les vols privés qui sont interdits entre 22 h et 6 h.
On constate, avec toutes ces dérogations, que l’aéroport de Genève reste ouvert 24 h sur 24 h et que le repos nocturne des riverains proche de l’aéroport ( 23.200 personnes, selon les estimations des experts fédéraux en 1998,) peut être gravement perturbé sans que le règlement d’exploitation de l’aéroport soit enfreint. C’est l’une des raisons qui ont motivé les oppositions des associations de riverains et de certaines communes au renouvellement de la concession fédérale d’exploitation de l’aéroport, qui expire le 31 mai 2001.
Mais quels étaient les événements exceptionnels imprévus de la nuit du 2 au 3 mars ?
Manifestement, le trafic était dense de 23 h 36 jusqu’à 0 h 16 et, selon les dires mêmes d’un employé de l’aéroport, le trafic allait continuer jusqu’à 0 h 30. Comment le directeur de l’aéroport pourra-t-il justifier ces deux décollages et ces deux atterrissages imprévus entre 0 h 34 et 0 h 48 ?
Imprévus ? Exceptionnels ? La plaignante demande communication des justifications de l’exploitant de l’aéroport. Une réponse circonstanciée de l’Office fédéral de l’aviation civile sera considérée comme un événement exceptionnel imprévu et hautement apprécié.
André LOOTEN, Ingénieur consultant, Environnement aéroportuaire, AGCNA-ARAG
13/3/01