LE
CONSEIL FEDERAL DESAVOUE PAR LE TRIBUNAL FEDERAL.
UNE BELLE GIFLE POUR LES GROUPES DE PRESSIONS DE L'AVIATION EN SUISSE !
RAPPEL
CHRONOLOGIQUE
Première
étape : le 3 avril 1998,
après plus de 10 ans de cogitations, études et enquêtes,
les experts mandatés par le gouvernement suisse faisaient enfin
connaître leurs propositions pour les valeurs limites d'exposition
au bruit des aéroports nationaux. Ces valeurs limites d'exposition
sont exprimées par un niveau d'évaluation Lr et sont calculées
sur la base du niveau Leq. La valeur du Lr est égale à la
valeur du Leq. Voir tableau ci-dessous.
|
Valeurs
limites d'exposition au bruit des aéroports nationaux
Propositions des Experts en 1998
Lr = Leq
|
Degré
de sensibilité
(Art.43 OPB) |
Valeur
de planification
Lr en dBA |
Valeur
limite d'immission
Lr en dBA |
Valeur
d'alarme
Lr en dBA |
|
Jour |
Nuit |
Jour |
Nuit |
Jour |
Nuit |
|
DS
I
DS
II
DS
III
DS
IV
|
50
55
60
65
|
40
50/45**
50
55
|
55
60
65
70
|
45
50/55**
55
60
|
60
65
70
75
|
55
65/60**
65
70
|
Nuit*
divisée en trois périodes : 22h-23h 23h-24h 05h-06h
** valeur supérieure 22h-23h
DS I Zones de protection accrue contre le bruit, zones de cure ou
détente
DS II Zones sans aucune entreprise gênante, zones habitations,
écoles, hôpitaux,etc.
DS III Zones mixtes, habitations et entreprises moyennement gênantes,
zones agricoles
DS IV Zones industrielles, entreprises fortement gênantes. |
Les directions
des aéroports, les compagnies aériennes, les groupes de
pression du transport aérien et les autorités cantonales
de Zürich et de Genève intensifièrent alors leurs pressions
sur les experts de l'Office Fédéral de l'Aviation Civile
(OFAC) pour relever ces valeurs limites.
Deuxième
étape :
le 2 juillet
1999, le Département fédéral de l'Environnement,
des Transports, de l'Energie et des Communications (DETEC) mettait en
consultation une nouvelle version des valeurs limites. La plupart d'entre
elles étaient relevées et, de plus, une majoration générale
de 2 dB était appliquée pour tous les niveaux d'évaluation
de jour. Lr est égal maintenant à Leq-2. Donc, pour un Leq
donné on obtient Leq =Lr+2. Pendant la nuit, les niveaux d'évaluation
Lr sont équivalents au Leq. Lr = Leq.
Exemple A
: pour une zone d'habitation ayant un degré de sensibilité
II, de 6 h à 22 h, la valeur limite de planification passait de
: 55 dBA à 57 dBA soit un niveau Leq de 57+2= 59 dBA : Cette augmentation
de 4 dBA Leq représente une charge de bruit multipliée par
2,5.
Exemple B
: pour une zone d'habitation ayant un degré de sensibilité
II, de 23 h à 24 h et de 5 h à 6 h du matin, la valeur limite
d'immission passait de 50 dBA à 57 dBA Leq ce qui correspond à
une charge de bruit multipliée par cinq.
Exemple C
: le calcul de niveau Leq pendant les heures de nuit est modifié
au désavantage des riverains. En 1998, les experts fédéraux
avaient prévu trois périodes de 1 heure pour évaluer
séparemment le niveau Leq de nuit. De 22 h à 23 heures,
de 23 h à 24 h, de 05 h à 06 h. Désormais, pour une
zone d'habitation ayant un degré de sensibilité II, le niveau
de planification passe de 45 dBA à 55 dBA pour les périodes
de 23 h à 24 h et de 05 h à 06 h. ce qui correspond à
une charge de bruit multipliée par dix. Le niveau de planification
passe de 50 dBA à 55 dBA pour les périodes de 22 h à
23 h ce qui correspond à une charge de bruit multipliée
par trois.
Devant toutes
ces manipulations, non justifiées sur le plan scientifique, l'Association
des Riverains de l'Aéroport de Genève (ARAG) avait immédiatement
constesté cette nouvelle mouture des valeurs limites pour les aéroports
nationaux et ce d'autant plus qu'elle n'avait pas admis que les experts
fédéraux, déjà soumis aux interventions des
groupes de pression de l'aviation, avaient considéré que
le bruit des avions n'était pas plus gênant que le bruit
du trafic routier. Alors qu'en réalité, c'est exactement
l'inverse !
Troisième
étape :
le 12 avril 2000, le Conseil fédéral modifie l'Ordonnance
sur la Protection du Bruit et fixe, pour la première fois, les
valeurs limites de bruit pour les grands aéroports (dits nationaux).
Les valeurs
proposées par les propres experts du gouvernement suisse sont fortement
relevées. C'est la consternation pour les riverains des aéroports
mais une énorme satisfaction pour les exploitants des aéroports
et les autorités cantonales concernées par les coûts
des insonorisations, les indemnisations et l'aménagement du territoire
autour des aéroports.
Les surfaces des terrains exposés à des niveaux de bruit
dépassant les valeurs limites de planification, d'immission ou
d'alarme, sont énormément diminuées et des permis
de construire des habitations dans des zones bruyantes sont délivrés
à la hâte par les autorités genevoises. Le tableau
comparatif page 3 montre bien l'évolution de la situation.
|
Nombre
de personnes exposées à des niveaux sonores
supérieurs aux valeurs limites
|
Evaluation
des experts fédéraux en 1998.
Au-dessus de la valeur limite d'alarme
Au-dessus de la valeur limite d'immission
Evaluation
par l'aéroport après la décision du Conseil
fédéral du 12 avril 2000.
Au-dessus de la valeur limite d'alarme
Au-dessus de la valeur limite d'immission Jour
Au-dessus de la valeur limite d'immission Nuit
|
5200
18000
0 (ZERO)
7
88
|
Conclusion
triomphale de l'aéroport de Genève : aucun bâtiment
n'est touché par undépassement des valeurs d'alarme ! Par
conséquent, selon l'OPB, l'aéroport n'a aucune obligation
légale d'insonoriser les bâtiments autour de l'aéroport.
Comment était-il possible d'obtenir des résultats aussi
mirobolants ?
Voici quelques explications sur les procédés employés.
On ne considérera que les zones d'habitation classées dans
le degré de sensibilité II (DS II)
| DS
II |
Valeurs
limites de Jour en
Planification |
Leq
dBA
Immission |
Alarme |
Experts
fédéraux 1998
Conseil fédéral 2000
Ecart
Multiplication de la
Charge de bruit par
|
55
59
4
2.5 |
60
67
7
5.0 |
65
69
4
2.5 |
| DS
II |
Valeurs
limites de Nuit (22h-23h) en
Planification |
Leq
dBA
Immission |
Alarme |
Experts
fédéraux 1998
Conseil fédéral 2000
Ecart
Multiplication de la
Charge de bruit par
|
50
55
5
3.16 |
55
57
2
1.58 |
65
65
0
1 |
| DS
II |
Valeurs
limites de Nuit (23h-24h/05h-06h) en
Planification |
Leq
dBA
Immission |
Alarme |
Experts
fédéraux 1998
Conseil fédéral 2000
Ecart
Multiplication de la
Charge de bruit par
|
45
55
10
10 |
50
57
7
5 |
60
65
5
3.16 |
Conséquences
pour les riverains
Exemple 1:
Si dans une zone où, pour un trafic aérien donné
(trajectoires, types d'avions, charge), le niveau d'exposition au bruit
des avions est de 60 dBA Leq pour 200 mouvements d'avions par jour, on
peut considérer, en se réfèrant aux valeurs proposées
par les experts fédéraux en 1998, que le niveau limite d'immission
est atteint.
Par contre, si dans cette même zone, les caractéristiques
du trafic aérien restent inchangées, à l'exception
du nombre moyen de mouvements, on peut dire que le niveau limite d'immission,
fixé par le Conseil fédéral en 2000, ne sera atteint
qu'à partir d'un trafic moyen de 1000 avions par jour !
! !
Exemple 2:
Si dans une zone où, pour un trafic aérien donné
(trajectoires, types d'avions, charge), le niveau d'exposition au bruit
des avions est de 65 dBA Leq pour 200 mouvements d'avions par jour, on
peut considérer, en se réfèrant aux valeurs proposées
par les experts fédéraux en 1998, que le niveau limite d'alarme
est atteint.
Par contre, si dans cette même zone, les caractéristiques
du trafic aérien restent inchangées, à l'exception
du nombre moyen de mouvements, on peut dire que le niveau limite d'alarme,
fixé par le Conseil fédéral en 2000, ne sera atteint
qu'à partir d'un trafic moyen de 500 avions par jour ! !
!
Exemple 3:
Si dans une zone où, pour un trafic aérien donné
(trajectoires, types d'avions, charge), le niveau d'exposition au bruit
des avions est de 55 dBA Leq pour 14 mouvements d'avions de 22 h à
23 h, on peut considérer, en se réfèrant aux valeurs
proposées par les experts fédéraux en 1998, que le
niveau limite d'immission, est atteint.
Par contre, si dans cette même zone, les caractéristiques
du trafic aérien restent inchangées, à l'exception
du nombre moyen de mouvements, on peut dire que le niveau limite d'immission,
fixé par le Conseil fédéral en 2000, ne sera atteint
qu'à partir d'un trafic moyen de 22 avions de 22 h à
23 h ! ! ! Soit 8 avions de plus pendant cette période (+ 57 %)
! ! !
On constate que les valeurs fixées par le Conseil fédéral
permettaient aux aéroports d'augmenter massivement le nombre des
mouvements d'avions sans dépasser les valeurs limites d'exposition
au bruit.
La révolte
des riverains
Evidemment,
quand les associations de riverains de Zürich et de Genève
prirent connaissance des valeurs limites d'exposition fixées par
le Conseil fédéral, elles firent recours devant le Tribunal
fédéral.
Ce dernier a rendu son jugement le 8 décembre 2000. A l'unanimité
des cinq juges,
le Conseil fédéral a été prié de revenir
intégralement aux valeurs limites et au mode de calcul proposés
par les experts fédéraux en 1998.
C'est un cuisant désaveu pour le Conseil fédéral
et une belle gifle pour les groupes de pression de l'aviation qu'ils soient
privés ou gouvernementaux.
Conclusions
Le principe
fondamental du Pollueur-Payeur sera appliqué.
Les riverains des grands aéroports suisses seront mieux protégés.
Dans les
zones où la valeur limite d'alarme est dépassée l'insonorisation
de nombreuses habitations se fera sur une base obligatoire et selon les
normes de l'OPB et non plus, selon le bon plaisir et les conditions de
l'aéroport.
En tenant
compte de la jurisprudence actuelle, les propriétaires lésés
par la perte de valeur de leur patrimoine bâti ou non-bâti
par l'exposition au bruit du trafic aérien seront indemnisés
et leurs habitations insonorisées aux frais de l'aéroport.
Les permis
de construire délivrés depuis mai 2000 dans les zones proches
de l'aéroport ou sous les axes de survol devraient être annulés
car les valeurs d'alarme y sont largement dépassées.
Les valeurs de planification sont déterminantes pour la délimitation
et l'équipement des zones à bâtir.
Certaines autorités cantonales et communales responsables de l'aménagement
du territoire devront éventuellement revoir leurs plans d'urbanisme.
Dans certaines
conditions, ce jugement devrait avoir des incidences positives pour les
propriétaires ayant des habitations en France dans la région
de Ferney-Voltaire.
André LOOTEN
Ingénieur consultant
environnement aéroportuaire.
AGCNA/ARAG
11.3.2001
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